samedi 07 mai
Les dernières heures de l'argent avant sa chute.
Dans les dernières années de sa vie, l'argent a tant été délaissé par ses utilisateurs qu'on l'a vu à plusieurs reprise faire la manche lui aussi dans la rue. Il ne faisait pas l'aumône habituelle en se demandant lui-même, mais cherchait à tout prix à servir aux gens. Tout acte qui se passait sans son accord et sous ses yeux dans l'espace public suscitait chez lui une envie insupportable d'être monnayé.
Une vieille dame posée sur un banc public appelait à qui voulait entendre ses histoires passées, un homme tout simple cueillait des fleurs dans les parterres publics pour les offrir à une jolie dame qui passait par là, les enfants entassaient des pierres abandonnées d'un chantier pour en faire un fauteuil d'appoint au milieu de la chaussée, et tout cela, sans aucune relation avec monsieur Argent.
Celui-ci désespéré tentait alors d'allécher la vieille dame en lui faisant voir les intérêts qu'elle pourrait gagner à faire payer l'écoute de son savoir. Il voulait faire la loi en faisant payer une unité d'argent contre la fleur issue du fruit des impôts collectifs reversés à la communauté du dit voleur.
Bref, il ramait et ramait encore mais ses tentations de luxure et de pouvoir ne touchèrent personne. Les gens avaient déjà eu le temps de plusieurs générations pour constater le désastre collectif engendré par tout ça. La tentation était maintenant autre et l'envie de réorganisation bien présente.
En effet, la population ayant inventé de nouvelles manières de vivre ensemble, le roi argent n'était plus vraiment utile au quotidien.
Les besoins alimentaires étaient comblés par le renouveau de la communication entre ville et campagne, les gens des villes échangeaient leurs objets robotisés bien pratiques et leurs outils aidant à la récolte contre des denrées consommables, fruits, légumes, fromages, etc.
L'équilibre ainsi retrouvé annulait évidemment l'utilité de l'argent.
Les maisons se construisaient à la force des bras connaisseurs, chacun aidant son voisin à bâtir sa habitat selon ses besoins d'espace et non pour quelque démonstration prétentieuse de supériorité.
L'argent essaya bien de relever la tête dans un dernier souffle. Il tenta pour cela de traficoter avec l'ancien Etat pour faire monter les prix des terrains qui lui appartenaient. A la grande surprise générale, l'Etat en déperdition n'accepta pas cette dernière tentative de corruption car il s'était résigné à sa chute future et préférait partir plus ou moins dignement aux yeux du peuple - une fois n'est pas coutume - que risquer à nouveau de se faire lapider par la population qui avait bien décidé d'être maître de son destin depuis quelques temps.
L'argent redeviendrait ce qu'il avait toujours été avant l'invention machiavélique de l'argent dette qui crée de l'argent à partir de l'inexistant, une valeur comptabilisable et correspondant à une valeur réelle d'1 pour 1. Il continuerait une vie parallèle et ne serait plus l'objet final d'un travail mais au contraire relayé à une solution de sauvetage nécessaire uniquement quand le troc, l'échange, l'entraide, le service rendu, ou l'apprentissage par soi-même aurait échoué, c'est à dire dans de rares cas.
Carole

Ina