18 Juillet 2010





"Armstrong je ne suis pas noir, je suis blanc de peau"

L’histoire des mundele (=blanc) et des africains est indissociable.

Les kinois semblent toujours vouloir rappeler et insister sur cette « différence » de couleur. Mundele ! Mundele !
Ici nos prénoms sont inutiles, être blanc suffit comme identité.
Bonjour les Blancs ou Bonjour Mundele quand ce n’est pas un simple Mundele crié de l’autre coté de la rue.

Deux complexes se croisent, celui des congolais d’avoir été réduit pendant longtemps en êtres inférieurs ‘dont on fera des chaussures de leur peau’ (parole d’Hitler qui m’est racontée par Mr T, professeur à l’université et conférencier) et le nôtre, celui d’être assimilés aux anciens bourreaux, associés à cette histoire coloniale trop récente et qui bat encore son plein aujourd’hui sous forme économique et culturelle.

Traces d’infériorité dans laquelle ils se positionnent eux-mêmes par certaines réactions envers nous. Pour preuve, nos homologues artistes congolais avec qui on travaille ici et qui en prennent plein la gueule à chaque balade en ville par les kinois rageurs :
"Hey, t’es avec les mundele toi ?" "Tu veux vendre le pays c’est ca ?" ou bien "Ah ouai toi tu cherches l’argent" ou bien encore "Eh tu m’en laisses une pour moi ?

L’histoire de nos pays conquérants à laquelle nous n’avons pas participé se retourne contre nous et nous en avons honte. En tant que belge et française, pas un pays pour rattraper l’autre. Les documentaires et spectacles de théâtre qu’on s’enfile au fur et à mesure sur la colonisation, l’histoire, les dictateurs et répressions successives suivies par les collaborations honteuses de nos politiciens européens se bousculent dans nos têtes pour arriver à la constatation qu’une muselière transparente, pareille à un voile invisible, est toujours présente sur les lèvres des gens.



Dimanche matin

Première peinture, sur le mur extérieur de la maison Eza Possibles qui donne sur la rivière.

Première rencontre directe des gens de la parcelle d'à côté qui viennent regarder ce qui se passe. "Qu'est- ce que c'est ? Tu veux nous raconter quoi avec ça ?"

Tous curieux et avides de discussion, le dialogue commence. Au bout d'un petit temps, un ancien étudiant de l'Académie des Beaux-Arts semble vouloir m'aider.
Je lui explique le concept, le processus, et lui montre les autres dessins des futures peintures que je souhaite faire. Il prend ma feuille, un pinceau et commence à en dessiner un autre. "Non, ne copie pas, fais le tiens si tu veux."

Et c'est parti, une deuxième peinture naît doucement, en format réduit, à côté de la mienne. Tous les gars de la parcelle et des alentours sont maintenant là, à nous regarder et les discussions continuent, en français et en lingala.
Idédé et un autre gars m'aident à faire les parties les plus hautes, étant désespérément trop petite pour atteindre le haut du mur.

Le temps passe ainsi, méditant, autour des couleurs noires et blanches, de l'histoire du Congo, de la colonisation, d'une religion imposée devenue la leur, de la dépendance à l'Occident, des armes, l'interdiction de l'image photographique, du cliché du mundele, de la parole et du rôle de l'artiste.

"Cinq", l'auteur de la version 'cathédrale' m'explique qu'il a envie d'aller voir les gens du quartier, de leur parler du projet, de leur proposer des peintures chez eux, de m'aider à continuer.

Voilà le début de ce langage sans couleur autour de notre histoire commune qui je l'espère va venir parler à de nombreux murs de Lingwala tout au long de la semaine.



Carole